Le Studio des Ursulines : des Surréalistes à Jules et Jim

Fondé en 1925 par l’acteur Armand Tallier, le Studio des Ursulines est la première salle d’art et essai parisienne, et l’une des plus reconnaissables car ayant très peu changé depuis les années 20.

Le Studio des Ursulines lors du FCAC 2018

Réputée parmi les cinéphiles parisiens, la salle est en 1928 le théâtre d’une véritable bagarre entre surréalistes, parmi lesquels André Breton et Louis Aragon, lors de la projection du film de Germaine Dulac, La Coquille et le Clergyman.

germaine dulac la coquille et le clergyman
La Coquille et le Clergyman, de Germaine Dulac

La scène est rapportée de la façon suivante par Armand Tellier :

Dès le début, Breton s’est levé et a proféré des phrases fort déplaisantes pour notre amie Germaine Dulac, dans un grand silence, Charles de Saint-Cyr [directeur de La Semaine à Paris] était dans une loge, avec son macfarlane et son chapeau haut, et a dit : « Je ne permettrai pas, devant moi, qu’on insulte une femme, l’homme qui insulte une femme est un lâche ! ». Des étudiants, des surréalistes se sont mis à l’engueuler, à dire : « au cimetière », etc. et la bagarre a commencé et on s’est battu durant quarante-cinq minutes, et alors on entendait les phrases les plus extraordinaires : « Poissons salés ! » criait-on aux surréalistes. Enfin, il y avait un monsieur congestionné qui se précipitait vers moi et qui disait : «Mais monsieur, je veux qu’on m’explique !». Vous savez, ça ne s’explique pas, mais ça a duré quarante-cinq minutes, tout volait en éclats, le malheureux caissier s’est éclipsé en emportant les quelques francs qu’il avait dans sa caisse […] mais alors les phrases échangées étaient magnifiques. On voyait Aragon, on voyait Breton, on voyait Philippe Hériat qui allait de l’un à l’autre, qui essayait de calmer l’ardeur des uns et des autres, et qui désespéré, s’en allait dans un coin. Et puis alors, comme la salle était un peu petite pour se battre, ils étaient venus se battre dans le couloir et dans le bar. Là ils avaient plus d’aise.

(source : Caroline Nataf, Les poètes surréalistes et leur rapport au cinéma dans les années 20)

En 1962, Truffaut y tourne une scène de Jules et Jim, dans laquelle on reconnaît sans ambiguïté la devanture, la salle avec ses poteaux et ses strapontins caractéristiques, ainsi que son entrée, avec l’escalier menant au balcon.

ursulines salle

ursulines escaliers
Jeanne Moreau sort de la salle

L’un des plans nous montre également un aperçu de l’extérieur, où l’on peut voir le chantier de l’immeuble qui se trouve actuellement en face du cinéma.

ursulines chantier
On aperçoit aussi sur la gauche la porte qui mène à la salle de projection

(merci à thecinetourist.net pour les captures d’écran de Jules et Jim, n’hésitez pas à lire cette page passionnante sur les lieux de tournage parisiens de Jules et Jim !)

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