Édito Festival Allers-Retours 2026

The Sun Rise On Us All de CAI Shangjun

Pour cette nouvelle édition, le Festival Allers-Retours s’attache à nouveau à explorer l’actualité du monde sinophone. Cette année a été particulièrement riche en nouveautés puisque pas moins de 16 longs-métrages représentatifs de tous les genres ont été sélectionnés, ainsi que 5 courts-métrages dans le genre fantastique, inédit dans l’histoire du festival. 

L’ensemble des films sélectionnés témoignent d’une volonté de questionner ce que signifie aujourd’hui appartenir à un espace culturel étendu, éclaté, parfois fragmenté, toujours en mouvement. Ces différentes voix, auxquelles font écho la diversité des langues entendues dans ces longs-métrages – mandarin, teochew, cantonais, hokkien et taïwanais – composent un paysage cinématographique pluriel que nous avons hâte de vous faire découvrir.

The Sun Rise on Us All de CAI Shangjun est à l’honneur pour notre ouverture. Œuvre d’un cinéaste confirmé, remarquable pour la qualité de son interprétation tout en violence intériorisée, ce drame est celui d’un conflit moral provoqué par un sentiment de gratitude tellement écrasant qu’il en devient toxique. À l’origine du drame, il y a bien une faute qui nécessite d’être expiée, mais le vrai moteur qui entraîne les personnages vers leur chute réside dans la “dette de gratitude” et l’angoisse de ne pas être en mesure de la repayer, ressorts sociaux caractéristiques du monde asiatique et chinois en particulier.

The Waves Will Carry Us de LAU Kek-Huat

Les personnages de CAI Shangjun ont migré à l’intérieur de la Chine à la recherche d’une vie meilleure et d’opportunités économiques, et les migrations plus ou moins lointaines et anciennes sont un sujet fréquemment abordé cette année dans le cinéma de la diaspora. The Waves Will Carry Us deLAU Kek-Huat, lui-même Chinois de Malaisie vivant aujourd’hui à Taïwan, conte l’histoire d’une famille chinoise entre Chine, Malaisie et Taïwan sur plus d’un siècle. Pavane For An Infant de son compatriote CHONG Keat Aun aborde des problématiques sociales contemporaines du point de vue des Chinois minoritaires en Malaisie. Côté documentaire, The River That Holds Our Hands représente la quête intime de CHEN Jianhang à larecherche de ses origines teochews entre Chaozhou et le Vietnam. Ces récits marqués par l’histoire personnelle des auteurs rappellent l’importance et l’ancienneté des mouvements migratoires de Chinois dans le Sud-Est asiatique, et explorent l’identité complexe des descendants de ces vagues migratoires.

West Border de LUO Yan

Au-delà de cette aire culturelle étendue, les limites du monde sinophone apparaissent tour à tour fantasmées, dangereuses voire mystiques. The Botanist, remarquable film sino-kazakh de JING Yi, explore une culture enracinée aux confins d’un territoire, où la relation à la nature se charge d’un symbolisme puissant. Ce même vertige des frontières irrigue West Border de LUO Yan qui évoque, dans un esprit presque conradien, la jungle du sud de la Chine, zone trouble où les repères et lois vacillent et où l’étrangeté prend forme.

Nighttime Sounds de ZHANG Zhongchen

Plusieurs films cette année s’intéressent aux oubliés des grandes mutations sociales et économiques de ces dernières décennies : les enfants. Nighttime Sounds de ZHANG Zhongchen adopte le regard de l’enfance pour faire émerger le souvenir, le destin des femmes rurales et le lien intime entre les enfants laissés au village et la terre. My Friend An Delie de DONG Zijian révèle lentement les traumatismes d’enfance des protagonistes au moyen d’une narration atypique et d’une photographie magnifique. L’hiver du Nord-Est chinois, sa déliquescence industrielle et les transformations sociales qui l’accompagnent, offrent une toile de fond désespérée, presque dystopique, à ce drame intime.

 Dancing Home de WANG Cheng-Yi

Comment grandir avec une mère absente est justement le sujet de Baima Boy, premier long-métrage documentaire de YE Bingjun qui suit un adolescent d’une région déshéritée du Sud de la Chine qui n’a pas revu sa mère depuis ses 4 ans. À la frontière du documentaire et de la fiction, Mistress Dispeller d’Elizabeth LO ouvre, avec une grande malice, une fenêtre sur l’intimité d’un couple déchiré par l’infidélité, révélant comment des logiques économiques et sociales infiltrent jusqu’aux espaces les plus privés. Dancing Home de WANG Cheng-Yi suit une famille de danseurs talentueux issus des populations autochtones des montagnes du centre de Taïwan. Par leur art, sans jamais réduire ces individus à une simple identité ethnique, le film révèle une autre manière d’habiter le monde, une autre sensibilité, où les héritages autochtones se mêlent aux transformations contemporaines. 

A Story about Fire de LI Wenyu

Nouvelle production des mythiques studios d’animation de Shanghai, A Story about Fire est techniquement très abouti. Fidèle aux œuvres qui ont fait la renommée du studio, il mêle les techniques chinoises traditionnelles comme le lavis à des influences occidentales ou plus contemporaines. Inspiré d’un mythe sichuanais à mi-chemin entre Prométhée et le Roi Singe, il met en scène un jeune singe à l’aube des temps qui traverse de terribles épreuves pour ravir le feu à un terrible monstre. Un spectacle visuel qui ravira le jeune public et les amateurs d’animation. 

Bel Ami de GENG Jun

Pour compléter ce tour d’horizon, A Journey in Spring de PENG Tzu-Hui et WANG Ping-Wen dépeint la lente acceptation du deuil et la difficile réconciliation entre un père et un fils dans une esthétique rétro étonnante. GENG Jun et son humour décalé nous reviennent dans Bel Ami, satire LGBT pince-sans-rire située dans le désespérant Nord-Est de la Chine. Enfin Wild Nights, Tamed Beasts de WANG Tong joue intelligemment à la frontière des genres, entre thriller policier, romance noire et critique sociale, avec son histoire de tueuse de personnes âgées isolées.

Through Your Eyes de Nelson YEO

La traditionnelle séance de courts-métrages fait la part belle à l’étrange, avec deux films venus de Singapour, Through Your EyesAs If to Nothing, et dans une veine plus fantastique Mantra of Rebirth in Pureland, et s’aventure même sur le terrain de l’horreur dans Praying Mantis The No-One’s-Rose

L’Arche de T’ANG Shushuen

Les amateurs de classiques pourront également (re)découvrir L’Arche de T’ANG Shushuen. Un des tout premiers films indépendants, par l’une des premières réalisatrices du cinéma hongkongais, montré à Cannes dès 1969, le film mêle la tradition populaire (l’histoire est adaptée d’une nouvelle de Lin Yutang) et l’avant-garde, sous l’objectif du chef opérateur Subrata Mitra.

L’année 2026 représente la programmation la plus riche de l’histoire du festival, aussi bien en nombre de films qu’en qualité, et nous avons hâte de vous retrouver pour la partager avec vous.

Équipe Allers-Retours
janvier 2026

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