Q&A : Fish Park, de CHAI Xiaoyu

(Propos recueillis lors de la projection du 25 janvier 2020 au Musée Guimet)

Interprète : HONG Tao

Chai Xiaoyu : Merci à tous d’être venus ! (Applaudissements)

Interprète : Bonjour ! Je souhaitais commencer par vous poser une question vis-à-vis du style extrêmement particulier qui imprègne votre film. Bien qu’il s’agisse d’une œuvre de fiction, Fish Park ressemble, à bien des égards, à un documentaire. Cependant, la narration est très fluide et naturelle. Le jeu des comédiens surprend notamment par le naturel qu’ils dégagent. Ils semblent jouer leurs propres rôles. Comment êtes-vous arrivés à ce rendu « authentique » ?

Chai Xiaoyu : Ce film est mon premier long-métrage. Je l’ai réalisé grâce à l’aide d’amis et de ma famille. Je souhaitais profiter de cette forme de production quasi intime pour raconter l’état d’esprit et la situation dans laquelle je me trouvais au moment de tourner ce film. Pouvoir compter sur des gens que je connaissais bien était donc une force.

J’ai beaucoup réfléchi notamment à la taille que je devais donner à ce film, d’un point de vue financier. Notre équipe était extrêmement réduite, sept personnes au maximum, et cela m’a permis de raconter l’histoire de la transformation du Pékin contemporain rythmée par des démolitions de quartiers entiers. C’est un film personnel. En temps que pékinois, j’ai beaucoup de souvenirs personnels sur ces lieux et avec ces gens et j’ai eu envie de les présenter d’une manière cinématographique. Nous nous sommes plongés dans la réalité qui nous entourait, en documentant le quotidien de mes personnages.

J’aime beaucoup le cinéma français et en particulier Godard et je souhaitais retranscrire ce style dans mon environnement. Il traite de sujets plus larges mais je pense avoir réussi cette transposition. J’ai du mal à parler de cette façon (NDLR : par visioconférence) car la connexion n’est pas très bonne mais je fais de mon mieux !

La première version du scénario date d’il y a 3 ans et était en partie un road-movie. Mais cela demandait beaucoup plus de fonds que ce dont je pouvais disposer et une plus grande équipe. J’ai alors décidé de me concentrer sur la première partie du récit, se déroulant exclusivement à Pékin, pour la développer et en faire Fish Park. Je m’identifie beaucoup au personnage principal. Je suis issu d’une famille de la classe moyenne. En sortant de l’université, j’étais dans une situation financière plus favorable, pour mes amis proches c’était pareil. J’ai décidé de raconter leurs histoires ainsi que la mienne à travers ce film.

Public : Bonjour, la façon qu’a le réalisateur de filmer les visages en gros plan m’a énormément ému et rappelé la manière de filmer de John Cassavetes (notamment son film Faces) et je voudrais le féliciter. J’ai une question spécifique à la fin du film où une interrogation est laissée sans réponses : « Qu’est-ce que les émotions ont à voir avec les démolitions ? ». Pourriez-vous nous en dire plus sur ce sujet ?

Chai Xiaoyu : D’après ma propre expérience, les émotions sont liées à un sentiment d’appartenance car ma famille a vécu cette époque des démolitions. Mon grand-père, par exemple, a vu sa maison être démolie quand j’étais à l’université. Quand j’ai appris la nouvelle, j’étais dans un état de choc. J’ai toujours ressenti une certaine nostalgie depuis cette perte, comme un manque. Je souhaitais ainsi interroger cette capacité, ou incapacité, à s’attacher aux gens à travers les démolitions des maisons dans Pékin. Le héros enchaîne les conquêtes tout au long du film mais n’arrive pas vraiment à trouver un foyer.

Public : Merci pour ce film. Pourriez-vous développer la métaphore du poisson ? Ne sont-ils mieux dans la nature ? Ils meurent parfois dans les aquariums… Leur récit semble accompagner celui des protagonistes, représentés comme hors sol, mal dans leur peau. Pourriez-vous développer cet aspect ?

Chai Xiaoyu : Je voulais faire un parallèle entre la condition de ces poissons et le héros. Le poisson représente la liberté. L’aquarium est un espace limité. Comme le héros, le poisson est plutôt libre mais il vit dans un espace limité dont il ne sort pas. Il est tout à fait dans cette situation de semi-liberté.

Merci pour cet échange !
(Applaudissements.)

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